Le Sassuolo de Roberto De Zerbi : l’art du jeu en déviation

par • 29/09/2018 • A la une, Serie ACommentaire (1)856

 

Roberto De Zerbi appartient à une nouvelle génération de coachs qui redonnent de l’attractivité à la Serie A. Avec Sassuolo, il est la véritable attraction de ce début de championnat 2018-2019. Victorieux de l’Inter, troisième du championnat, tout en proposant un football construit et spectaculaire, tout le monde peut se poser la question : Sassuolo sera-t-il un feu de paille ou peut-il prétendre à de vraies ambitions sportives ?

 

 

Le parcours de Roberto De Zerbi

Roberto De Zerbi est l’exemple type de cette nouvelle génération d’entraîneurs qui émerge en Italie. À l’exception de Maurizio Sarri (Chelsea), beaucoup sont arrivés au plus haut niveau assez jeunes, sans forcément avoir derrière eux une grande carrière de joueur. Roberto De Zerbi, 39 ans, a signé à Sassuolo après une saison à Benevento en 2017-2018 et un passage très bref par Palerme à l’hiver 2016. Avant, il s’était fait connaître sur le banc de Foggia pour son jeu spectaculaire. Comme joueur, il a fait l’essentiel de sa carrière en Serie C. Mais pour lui, ne pas avoir fait une grande carrière n’est pas forcément discriminant pour devenir un bon technicien : « Croyez-moi, il ne suffit pas d’avoir joué au football pour être entraîneur. Bien sûr, cela donne un avantage, mais il faut ensuite étudier, il faut avoir une méthode,  il faut avoir un mental, je dirai intellectuel,  qui permet de parler aux autres de ton idée du football. Nous devons convaincre pas imposer. », disait-il début septembre au Corriere dello Sport (à lire en français sur FR Serie A).

Offensif comme joueur, il défend comme entraîneur une idée du football qui ne doit « jamais renoncer à la beauté du jeu en lui-même. Du point de vue de la gestion, quand je parle de ballon, je leur parle de divertissement, si vous faites ce métier qui est le plus beau du monde, vous devez vous divertir, toujours. Le football n’est pas appelé “jeu” par hasard, il n’y a qu’en s’amusant qu’on surpasse les difficultés, les limites et les problèmes mais pour s’amuser il faut être très rigoureux, professionnel et avoir une parfaite condition physique. »

Alors, comment Roberto De Zerbi transpose-t-il sa philosophie à son équipe et comment s’anime-t-elle concrètement sur le terrain ?

Composition et animation

La phase offensive de Sassuolo : étagement et jeu en déviation

Roberto De Zerbi affectionne deux systèmes principaux : le 3-4-2-1, tel qu’illustré ci-dessus, et le 4-3-3. Toutefois, le système ne présente pas d’intérêt absolu selon lui, ce sont plus les principes d’animation qui prédominent, associés à la qualité des joueurs et aux circonstances de chaque match. Il n’est pas rare de le voir modifier ses compositions en cours de partie, passant d’une défense à 3 à un 4-2-3-1 classique ou un 4-4-2.

Membre d’un groupe de coachs que l’on pourrait qualifier de « protagonistes », il met au centre de sa méthode la confiscation du ballon à l’adversaire et l’envie de le déstabiliser par un jeu d’attaque construit, plutôt que d’attendre une erreur : « D’un point de vue technico-tactique, je leur rappelle quand ils étaient enfants, quand ils jouaient dans des petits terrains pleins de poussière, le seul qui avait la certitude de jouer était celui à qui appartenait le ballon, aujourd’hui rien n’a changé, nous devons apporter le ballon, le garder dans les pieds, se l’échanger entre nous, mais il doit nous appartenir. »

Avec une équipe jeune et sans joueur fuoriclasse, si ce n’est l’éternel globe-trotter Kevin-Prince Boateng, Sassuolo affiche en moyenne 52% de possession et 484 passes par match. Dans ce onze titulaire très mouvant (De Zerbi est un adepte des rotations), tous respectent à la lettre les consignes du coach dans les différentes phases de jeu.

L’une des plus importantes est de ne jamais s’affoler avec le ballon, d’essayer d’absorber la pression de l’adversaire même dans son camp afin de créer un décalage. Cela aboutit à des phases de sortie de balle, certes risquées, mais souvent jouissives :

Locatelli, dos au jeu, et pas sur son pied  fort, récupère un ballon sous la pression direct d’un adversaire qui vient l’agresser. Il va chercher Rogerio.

Rogerio, le latéral gauche qui vient de contrôler le ballon, subit à son tour la pression. La ligne de passe couloir est déjà fermée par son vis-à-vis et dans quelques secondes, l’autre adversaire l’empêchera de jouer dans l’axe. Face à ces contraintes d’espace et de temps, il lui faut réduire le nombre de touches de balles pour servir Duncan qui se propose à bonne distance.

Duncan est pressé dans la seconde. Mais grâce au placement pertinent de Locatelli en soutien, il peut éviter le contact et remiser en 1 touche de balle en retrait. Sassuolo aurait pu déjà dégager le ballon au loin pour s’éviter un 4 contre 3 dans son propre camp, mais les joueurs, confortés par leur coach, ont suffisamment travaillé ces séquences pour assumer cette prise de risque.

Berardi vient en appui récupérer la passe en 1 touche de Locatelli pendant que Duncan suit aussi l’action afin de bonifier encore plus sa première participation au jeu. Sassuolo excelle dans le jeu en déviation dans toutes les zones du terrain grâce aux appels pertinents, aux placements ajustés des coéquipiers qui permettent de sortir du danger, d’aller progressivement chez l’adversaire tout en jouant au sol.

Duncan reprend du service en tant qu’appui. Il se voit proposer un relais avec Boateng qui décroche à son tour. A noter, pour que les décrochages ne soient pas trop lisibles, les appels contraires des coéquipiers : Babacar part en profondeur, Berardi change de rythme après avoir donné à Duncan. Tous ces déplacements créent la confusion chez l’adversaire.

Au départ en danger près de sa surface de réparation, l’équipe de Sassuolo réussit à se sortir d’un pressing adverse, par du jeu en déviation, autant que possible en une touche de balle. La qualité technique de l’effectif, avec une bonne couverture de balle, un jeu de corps et une grande capacité à réussir des passes sous pression, y est pour quelque chose. Mais surtout, tout l’édifice technique est consolidé par un principe tactique très visible ici : l’étagement. Cela signifie que les joueurs ne sont quasiment jamais sur la même ligne et qu’ils ne produisent pas le même appel, ce qui permet au ballon de progresser verticalement après chaque passe réussie.

Quand un principe tactique est bien intégré par le collectif, cela permet de se sortir de situations complexes comme celle-ci :

Sassuolo subit le pressing très bien organisé de la Juventus. Au lieu de dégager au loin, le défenseur central va oser jouer sur son gardien, qui devient un joueur de champ supplémentaire, nécessaire pour se sortir de cette égalité numérique.

(Consigli, pressé par Mandzukic, réussit une très belle passe longue à l’opposée pour tenter de s’extraire de la tenaille.)

Alors que la Juve coulisse et se prépare à fermer à l’opposé, le latéral prend la peine de donner un ballon par-dessus à Berardi redescendu très bas alors que le jeu aérien permet souvent aux défenseurs de se rapprocher de leur adversaire direct pour jouer le duel.

Lirola garde son sang-froid face à Alex Sandro et Blaise Matuidi et joue en une touche vers l’avant sur Boateng, encore hors champ.

Boateng va terminer la valorisation de cette sortie de balle en obtenant une faute au moment de redonner le ballon à Berardi, qui se propose juste après, une nouvelle fois en soutien.

Les objectifs et les circuits de passe des premiers relanceurs apparaissent clairement : ils peuvent redoubler les passes avec leurs deux relayeurs proches d’eux. Le but est alors d’attirer l’adversaire et d’ouvrir un espace dans leur dos, qui sera occupé par un joueur offensif venu en décrochage. Sinon, ils peuvent chercher sur les côtés. Mais dans ce cas, le défenseur latéral préfère toujours orienter son corps et chercher l’intérieur du jeu afin de ne pas se faire enfermer par le pressing adverse. Dans le pire des cas, les nombreux passes-et-suit permettent aussi de s’extraire de la densité quand l’équipe joue dans le couloir grâce à la vitesse de la circulation. Dans un tel contexte, s’appuyer sur une grande quantité de joueurs en phase de sortie de balle permet de s’assurer de nombreuses solutions de passes. Sur ce point, n’oublions pas aussi les qualités dans le jeu aérien de Babacar et Boateng.

Ce jeu en déviation, impliquant de nombreux joueurs placés en triangle, se retrouve aussi en phase d’attaque placée.

Lemos est en possession du ballon, alors que la première ligne adverse est en retard. Il décide de gagner des mètres en conduite de balle pour aller fixer. Son coéquipier, sur le côté droit, prépare déjà sa course.

Lemos donne le ballon à Boateng, une nouvelle fois venu en appui. Celui-ci prépare une déviation en une touche de balle pour le latéral qui arrive lancé. On voit ici le positionnement en triangle de ces trois joueurs.

Cette déviation en une touche de balle dans la course du latéral permet de garder le temps d’avance et de valoriser son appel pour créer un décalage.

Cette séquence illustre bien les principes de jeu souhaités par l’entraîneur : des défenseurs centraux qui participent à l’offensive et qui n’hésitent pas à gagner des mètres, un jeu en peu de touches de balles avec des déviations dans n’importe quelle zone du terrain, beaucoup de joueurs à l’intérieur et des couloirs occupés presque exclusivement par les latéraux.

Sassuolo et De Zerbi semblent avoir beaucoup travaillé les touches dans le dernier tiers adverse. Là encore, le jeu en déviation en une touche apparaît efficace :

Sur ces phases de jeu, des combinaisons semblent avoir été construites. Elles permettent de penser plus vite que l’adversaire et donc de le déstabiliser. Ici, Rogerio cherche loin Boateng qui prépare sa déviation en utilisant son corps pour éviter que l’adversaire ne lui passe devant.

La passe est parfaitement dosée et entre les deux joueurs. Babacar va pouvoir attaquer l’espace libre dans le cœur de la défense.

Cette séquence aboutit au deuxième but de Sassuolo, puisque cette future frappe repoussée sera reprise par le latéral encerclé en rouge.

Sassuolo sait aussi créer des décalages par du jeu long, car les joueurs savent se fixer dans une zone en jeu court, pour mieux renverser à l’opposé et gagner des mètres ensuite :

Sous la pression de trois joueurs de la Juve, les joueurs de Sassuolo font circuler le ballon.

Après avoir provoqué et réussi à s’extraire d’un 4 contre 4 contre la ligne de touche, Rogerio donne à son défenseur central qui tourne sa tête pour prendre l’information à l’opposé.

En deux touches de balle, il renverse le jeu et oblige l’adversaire à coulisser.

Le bloc de la Juve coulisse vite, mais les joueurs de Sassuolo restent sereins et cherchent le joueur libre sur ce côté droit.

La Juve a coulissé de gauche à droite, grâce au transfert de jeu du défenseur central sur les images précédentes. Elle se doit désormais de retourner à droite grâce au déplacement de Locatelli et à sa passe vers Duncan, laissé libre.

Pour conclure cette attaque placée, Sassuolo utilise son circuit le plus fort, et déjà mis en avant plus haut : un jeu en triangle en déviation à une touche de balle autour de Boateng, pour trouver un latéral lancé qui puisse centrer. C’est exactement ce qui va se passer ici.

Le jeu offensif de Sassuolo s’appuie sur trois leaders techniques principaux : Boateng, Berardi et Locatelli. Ces trois joueurs sont beaucoup recherchés par leurs coéquipiers dans la phase offensive. Ces derniers n’hésitent pas à dézoner, que ce soit pour venir en appui ou pour permuter. De plus, ne négligeons pas l’apport de la première ligne défensive (Lemos, Marlon, Magnani) ainsi que du gardien Consigli : solide dans son jeu au pied, il soulage ses partenaires par ses prises de balles aériennes ou sur sa ligne. Il dispose aussi d’une grande confiance en ce début de saison, ce qui permet au collectif de beaucoup s’appuyer sur lui dans les premières relances.

Cette dernière image résume assez bien l’ambition offensive de cette équipe, visible à travers son placement : face à une Juventus redoutable sur les attaques rapides, ils osent mettre beaucoup de joueurs entre les lignes, proches les uns des autres, pour combiner. De plus, les triangles sont apparents, les joueurs occupent des couloirs différents et ne négligent pas les half-spaces, les couloirs les plus extérieurs étant réservés aux latéraux. Pour terminer les actions, Sassuolo ne fait pas dans l’original. Les latéraux multiplient les centres, au sol ou aériens, sur les deux attaquants bons dans les deux registres.

Notons aussi que Sassuolo est l’une des équipes qui frappe le plus hors de la surface dans cette Serie A, en particulier grâce au Ghanéen Duncan, dont la qualité de frappe sort du lot. En bref, Sassuolo présente une phase offensive intéressante à regarder et un jeu de position élaboré et efficace.

La phase défensive : aspirer pour mieux contrer

Sassuolo aime le risque. Dans leurs sorties de balle et leurs attaques placées, ils aiment attirer leur adversaire près de leur surface de réparation pour mieux les aspirer et créer des décalages derrière. Cette volonté tactique est aujourd’hui très visible chez les cadors, notamment Manchester City et Chelsea. De Zerbi n’hésite pas à demander la même chose à ses joueurs. Cela nécessite d’avoir bien travaillé des séquences défensives en bloc médian voire en bloc bas :

Une image assez nette du positionnement de Sassuolo en phase défensive médiane : les joueurs sont très proches les uns des autres et tentent de fermer les lignes de passes courtes à l’intérieur du jeu. A noter sur cette image, le positionnement de trois défenseurs sur quatre. Ils savent que si le défenseur central de la Juve n’est pas cadré dans ce contexte, il pourra aisément jouer long. Ils anticipent donc une éventuelle course vers l’arrière et gagnent du temps en se tournant légèrement.

S’arrêter sur le positionnement de Djuricic, encerclé en rouge, dans cette phase défensive médiane permet de bien comprendre les principes défensifs de De Zerbi. Djuricic s’est bien recentré à l’intérieur afin d’empêcher l’adversaire de trouver un joueur directement dans son dos qui servirait d’appui comme l’indique la ligne rouge. Par ce placement, il peut aussi sortir sur le porteur si celui-ci vient à le fixer. Enfin, à cet endroit et en orientant son corps dans cette direction, il peut sortir presser le joueur sur le côté afin de ne pas se faire piéger. On voit bien comment le placement d’un joueur sans le ballon a des conséquences multiples pour ses coéquipiers et les adversaires.

Cette image illustre la qualité du repli défensif des joueurs de Sassuolo. En rouge, c’est Boateng qui revient à hauteur de ses milieux pour défendre. C’est un 8 contre 6 que doivent jouer les joueurs de la Juventus. La densité de la présence dans l’axe empêche toute combinaison au sol, et on sait qu’elles sont souvent efficaces. Pour les joueurs de la Juve, il reste la solution du centre, mais on observe déjà la discipline de Sassuolo dans le cadrage, pour contrôler cette situation.

Cette densité en phase défensive est aussi liée aux objectifs de sortie de balle de Sassuolo. Car c’est grâce à la présence de nombreux joueurs dans leur moitié de terrain, proches les uns des autres, que Sassuolo pourra relancer très vite à la récupération, par des attaques rapides et verticales :

Locatelli récupère un ballon dans sa surface.

Locatelli cherche tout de suite Boateng qui s’est proposé en appui dans son camp. Deux de ses coéquipiers, Duncan et Berardi, sont déjà dans l’action d’après et se projettent pour mener à bien cette action.

Passe en une touche de Boateng de la poitrine pour Duncan.

Duncan veut conserver le temps d’avance obtenu grâce à son défenseur et son appui. Il doit jouer en une touche pour cela. C’est chose faite avec cette passe réussie vers Berardi qui pourra aller provoquer le défenseur adverse, en rouge.

En trois passes, Sassuolo peut déstabiliser tout un bloc et se retrouver en un contre un. Sassuolo maîtrise à merveille ces séquences, ce qui rend l’équipe tout aussi redoutable en phase d’attaque placée que lorsqu’ils sont en position d’attente, prêts à investir les espaces laissés libres par l’adversaire.

Enfin, l’une des dernières grandes forces de Sassuolo est sa capacité à presser haut et efficacement par séquence.

Babacar lance une première course de pressing lorsqu’il voit le ballon dans les pieds du défenseur central adverse.

Le défenseur joue alors sur le côté. C’est le moment pour Babacar et Boateng de porter le regard vers leurs coéquipiers, légèrement derrière lui hors de l’image. Même si ces derniers sont à bonne distance, Boateng peut continuer le mouvement initié par Babacar.

La coordination du bloc est bonne, chacun coulisse au bon endroit et au bon moment. Le défenseur central est forcé au jeu long. Le cuir sera récupéré par Sassuolo.

Toute phase de pressing doit être régie par un starter, une situation commune connue de tous les joueurs, notamment les plus offensifs. Lorsque le contexte est propice, ce sont eux qui déclenchent le mouvement. Les autres doivent suivre. Dans cette équipe de Sassuolo, comme dans beaucoup de grandes équipes aujourd’hui, la qualité des joueurs offensifs est aussi évaluée sur leurs possibilités à effectuer un pressing, et donc à lire des situations défensives de récupération. Ce premier travail est très important pour entraver la progression de l’adversaire et l’amener dans les zones souhaitées :

Passe latérale du défenseur central vers le côté droit : c’est le signal pour que Boateng débute l’enfermement. L’attaquant se projette, pour que Cancelo ne puisse pas remettre le ballon à celui qui le lui a donné.

Les joueurs de Sassuolo suivent Boateng et coulissent sur leur adversaire respectif. A noter, le petit retard de Bourabia sur cette séquence. Petit détail et grandes conséquences : il va donner la possibilité à la Juve de réaliser le circuit en rouge et donc de s’extraire d’une pression pourtant bien initiée.

Sassuolo présente ainsi un jeu défensif très varié et surtout cohérent avec ses objectifs en phase offensive lorsque les joueurs disposent du cuir. Grâce à ces règles d’action, ils peuvent montrer l’étendue de leurs qualités en attaques placées ou attaques rapides.

Les axes de progrès de l’équipe de De Zerbi

Les premières lacunes, peut-être les plus apparentes, dans le jeu de cette équipe sont observables quand elle n’a pas le ballon. En effet, le sens du placement ne suffit pas toujours en phase défensive. Même s’ils savent opérer des prises à deux sur les joueurs clés adverses, ils sont régulièrement mis en difficulté dans les duels en un contre un. Par conséquent, ils ont tendance à multiplier les petites fautes qui peuvent alors se transformer en grandes occasions.  Par ailleurs, si l’équipe de De Zerbi n’est pas une adepte du pressing tout terrain, c’est parce que le coach connaît les difficultés de sa charnière à défendre un grand espace dans leur dos. En cas de pressing mal réalisé, il arrive souvent de voir les défenseurs en grande difficulté lorsqu’ils sont mis sur le reculoir.

La première ligne défensive, fondamentale dans la construction des actions, offre par ailleurs des séquences parfois jouissives, mais les joueurs ont tendance à se mettre en difficulté tout seuls par excès de zèle, dans l’application d’un football qui peut paraître trop scolaire. Par exemple, cette volonté de relancer proprement donne, à la moindre erreur technique, la possibilité à l’adversaire de les punir instantanément.

Par ailleurs, si Roberto De Zerbi affectionne les rotations dans son équipe, ce n’est pas par hasard. Son football est exigeant et demande une intensité physique et mentale de tous les instants. Malgré ces rotations visant surtout à conserver de la fraîcheur et à impliquer tout le monde, il arrive de voir Sassuolo disparaître du match à cause d’une chute physique. Le match contre la Juventus est édifiant à cet égard. Malgré de bonnes intentions, et des séquences de qualité en première mi-temps, ils ont fini par se faire étouffer par l’intensité de la Juve. Cette chute de l’intensité physique peut s’accompagner de fortes pertes de concentration. Les coups de pied arrêtés défensifs illustrent ces lacunes : ils sont régulièrement mis en danger sur ces séquences.

Conclusion

Malgré les imperfections de cette équipe, le niveau très relevé de cette Serie A 2018-2019, et donc la difficulté d’être régulier sur toute la saison, il n’y a pas de raison d’être pessimiste concernant l’avenir du petit club italien. Grâce à la qualité de Roberto De Zerbi,  qui a su transmettre ces principes d’animation à son effectif a priori très réceptif, il propose un football construit et complet dans de nombreuses phases de jeu. Sorties de balles, attaques placées, récupération du ballon, attaques rapides : sur tous ces points, Sassuolo est redoutable. Mais c’est surtout la qualité de son jeu en déviation, en une touche de balle autour de ses attaquants, qui rend cette équipe agréable à voir jouer.  Avec son effectif très jeune, Sassuolo peut prétendre à de véritables ambitions et pourquoi pas s’immiscer dans la bataille pour les places européennes. Roberto De Zerbi aurait ainsi l’occasion de montrer à l’Europe l’étendue de ses qualités.

 

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Dimitri THOMAS Twitter @D3ITHOMAS
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One Response to Le Sassuolo de Roberto De Zerbi : l’art du jeu en déviation

  1. Adrien dit :

    Bonjour,

    L’US Sassuolo fait une belle saison en Serie A. J’ai eu l’occasion de regarder le match qui a opposé ce club face à l’Inter le 19 août dernier. Le but de Domenico Berardi était tout simplement somptueux.

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