Juan Pablo Francia : « Bordeaux est ma deuxième maison »

par • 31/07/2016 • A la une, Amérique du Sud, Ligue 1Commentaire (0)4248

2006.03.12_tfc_franciaUn GPS dans le pied au moment de botter les coups de pied arrêtés, un peu d’embonpoint, qui ne se souvient pas de l’ancien Girondin ? Juan Pablo Francia taquine désormais le cuir du côté de San Francisco de Córdoba, sa ville natale en Argentine. L’occasion de revenir sur sa carrière atypique.

Juan Pablo, que deviens-tu ?

Juan Pablo Francia : J’évolue actuellement dans mon club formateur, le Sportivo Belgrano en troisième division argentine. Le club se trouve dans la ville de San Francisco de Córdoba, celle où je suis né.

Celle où il y a aussi une école de football à ton nom…

JPF : Oui. Elle a vu le jour en 2012 à un moment où le Sportivo Belgrano prenait une toute autre dimension sportive. Au sein de cette école, nous avons mis en place un projet qui se nomme « Goles de corazon » (les buts du cœur, ndlr). Ce dernier a pour objectif de transmettre des valeurs de solidarité à travers le football.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur la manière de travailler avec ces jeunes ?

JPF : C’est un travail qui est basé en deux temps. Il y a la formation au sein de l’école de football où notre objectif est bien sur orienté sur le jeu, l’apprentissage et l’intégration. La technique individuelle vient par la suite. Deuxième point, plus social celui-ci, nous nous rendons dans tous les quartiers de la ville avec des éducateurs mais aussi des professeurs de sport pour intégrer les enfants qui veulent pratiquer le football, qu’ils soient de tout horizon social, au sein de notre programme.

Justement, tu parlais de l’ampleur sportive croissante du Sportivo Belgrano. Cette même année 2012 vous connaissez une montée en troisième division puis en 2013, pour la première fois de l’histoire du club, en deuxième division…

JPF : Je ne pouvais pas rêver mieux. Mon retour au Sportivo Belgrano a été exceptionnel même s’il a fallu attendre quatre ans pour connaître ces deux montées successives. J’en ai doublement profité car j’étais joueur mais aussi supporter dans le même temps. C’est mon club formateur et donc mon club de cœur. J’ai eu la chance de connaître la meilleure période de l’histoire du club.

En 2015, tu as effectué une saison dans un club historique du pays, Talleres de Córdoba. Le club formateur d’un certain Javier Pastore. Là-bas, tu connais une autre montée de troisième à deuxième division…

JPF : C’était incroyable. Talleres est un très grand club que ce soit pour l’institution qu’il représente dans le pays ou pour ses supporters. Ce fut une très belle saison que je n’oublierai jamais. J’ai connu une autre montée avec “la T mais cette année-là a été marquée par un mélange de sentiments et d’émotions. Car pendant que je fêtais cette accession en Primera B Nacional avec Talleres, le Sportivo Belgrano était en train de vivre une relégation. J’ai donc décidé de revenir chez moi, une fois de plus, pour que le club retrouve la seconde division.

Vous êtes passés tout près de faire comme Talleres en juin dernier en vous imposant 2-1 sur le terrain de San Martin de Tucuman lors des play-offs. Une victoire qui n’a pas été suffisante à cause de cette fameuse règle de « l’avantage sportif » (San Martin de Tucuman s’était imposé 1-0 à l’aller à San Francisco de Córdoba mais s’est qualifié grâce à une meilleure place obtenue au classement au cours de la saison)…

JPF : Je pense que l’élimination est surtout due au match que nous avons perdu à domicile. Nous le savions qu’avec cette règle ce serait très compliqué et nous en avons eu la preuve. Au retour nous avons tout donné, on ne peut rien nous reprocher et d’ailleurs nous étions à deux doigts de le faire. Le problème est que nous avons péché toute l’année à domicile et cela ne pardonne pas.

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Juan Pablo Francia sous le maillot de son club formateur, le Sportivo Belgrano. (DR)

Cette saison, tu penses que le groupe est assez armé pour retrouver la Primera B Nacional ?

JPF : Oui, et nous nous devons de le faire. L’objectif est clair dans toutes nos têtes. Le club a toujours été protagoniste dans le haut du tableau dans cette catégorie et cette saison ne sera pas l’exception. Nous allons travailler dur pour atteindre cet objectif.

Revenons un peu sur tes années passées en France et à Bordeaux. Quels souvenirs en gardes-tu aujourd’hui ?

JPF : Ce fut une étape importante dans ma carrière et dans ma vie. Un premier rêve que j’ai réalisé très jeune, à l’âge de 15 ans, et que tout joueur attend avec impatience. De plus, mes coéquipiers de l’époque ont fait en sorte que ce passage restera à jamais gravé en moi.

Pourtant, en 2007, dès l’arrivée de Laurent Blanc, tu claques la porte du jour au lendemain sans vraiment donner d’explication. Neuf ans plus tard, peux-tu nous en dire plus ?

JPF : (Il coupe fermement) J’ai toujours dit que c’était pour des raisons personnelles.

Mais même tes coéquipiers que tu viens d’évoquer, qui étaient proches de toi, comme Rio Mavuba ou encore Marouane Chamakh, n’avaient plus aucune nouvelle… Ne regrettes-tu pas la manière dont s’est déroulé ton départ ?

JPF : Je ne suis pas du genre à vivre avec des regrets. Avec du recul, évidemment que mon retour en Argentine aurait pu et aurait dû se passer autrement. J’aurais peut-être dû écouter certains conseils mais bon, ça s’est fait ainsi. Au final, le club m’a compris et cela s’est très bien terminé.

“Aujourd’hui, l’école de football de Bordeaux implantée en Argentine est très réputée en Amérique du Sud”

 

Tu as gardé le contact avec certains de tes anciens coéquipiers comme ceux que l’on vient de citer ?

JPF : Aujourd’hui, j’ai perdu tout contact. Que ce soit avec eux ou encore avec les dirigeants des Girondins de Bordeaux avec qui j’ai pourtant longtemps échangé après mon départ. Avec le temps, la distance et les quelques changements de numéros des uns et des autres, ça se perd petit à petit. C’est vraiment dommage car j’ai toujours eu d’excellentes relations avec eux tous.

Le projet de Bordeaux d’implanter un centre de formation en Argentine, le Proyecto Crecer, est né lorsque tu as débarqué en Gironde. Tu as été la rampe de lancement même…

JPF : En quelque sorte, oui (il rigole). Le projet a vu le jour quand j’ai débarqué à Bordeaux. Le club a ensuite décidé de s’implanter en Argentine, dans ma ville natale de San Francisco de Cordoba et le Proyecto Crecer est né comme ça. Aujourd’hui, l’école de football est très réputée en Amérique du Sud. C’est une très bonne chose pour le club qui a la priorité sur le recrutement de ces jeunes.

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Juan Pablo Francia avec son numéro 20 chez les Girondins lors d’une rencontre face à Lyon (DR)

Il y a un jeune espoir argentin qui évolue désormais aux Girondins, Valentin Vada, qui est lui aussi issu du Proyecto Crecer. Que peux-tu nous dire à son sujet ?

JPF : Je l’ai vu jouer quand il était encore très jeune. Pour son âge, il était impressionnant mais laissons-lui du temps car il a encore une énorme marge de progression. Je dis qu’il faut du temps car nous avons connu des exemples plus ou moins bons. Pour Emiliano Sala, ça a plus ou moins fonctionné. Pour Alejandro Alonso, assez bien. Mais il y a aussi eu des échecs comme Augusto Diaz ou encore Christian Peruchini. Pour en revenir à Valentin, cela fait un petit bout de temps que je ne l’ai plus vu jouer mais nous gardons tout de même un minimum le contact.

D’ailleurs, toujours concernant le Proyecto Crecer, tu as vu que Bordeaux a signé un partenariat tripartite de trois ans avec un autre club argentin, les Newell’s Old Boys de Rosario. Qu’as-tu pensé quand tu as appris la nouvelle ?

JPF : J’ai suivi cela d’assez loin donc c’est difficile de donner un avis concret. Mais les Newell’s Old Boys sont connus pour la qualité de leur travail en termes de formation. Il ne faut pas oublier que Marcelo Bielsa vient de là-bas ainsi que Tata Martino. Ce sont des références dans ce domaine. C’est un club sérieux, qui travaille très bien et cela peut donner de très belles choses à l’avenir…

Juan Pablo, peut-être un dernier mot pour les fans du FCGB ?

JPF : Je les porterai toujours dans mon cœur, eux comme le club. Je n’oublierai jamais comment le club m’a reçu à l’époque et je serai éternellement reconnaissant envers les dirigeants. J’ai passé des années merveilleuses à Bordeaux, je me suis senti à l’aise et aimé par les gens. De mon côté, j’espère au moins avoir laissé un beau souvenir et avoir rendu tout ce qu’ils m’ont donné avec ce que j’ai réalisé sur le terrain. Aujourd’hui, je suis toujours les rencontres et les résultats des Girondins de Bordeaux en tant que supporter ! Tout simplement, je peux dire que Bordeaux est ma deuxième maison.

Propos recueillis par Bastien Poupat à Buenos Aires

Twitter @BastienPoupat
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